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de l’origine de mes aquarelles en noir

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peindre la bretagne en noir : origine

Peindre la Bretagne en noir : d’où cette « idée » ?

Exposition. Lundi matin. Avant le passage des journalistes pour le point presse.
Claude – l’un des collègues peintres – rapporte, un peu sur le ton de la confidence et de la boutade après avoir accueilli les premiers visiteurs, ce propos de Matisse : « Vous voulez faire de la peinture ? Alors, commencez par vous faire couper la langue !*»

Ne faut-il donc pas raconter ses images en tant qu’artiste ? Inutile ou incapacité à le faire ?
Un collègue embraye, disant sa difficulté à expliquer ses images. Elles se suffisent. Cela me fait penser à cet aparté assez rude avec ce photographe parisien, qui comme tout parisien (ahah) m’avait pris de haut (dans le dos) car j’aimais ajouter quelques mots à mes images : circonstances, lieux, … C’est con mais pour ma part, j’ai toujourd trouvé hasardeux les explications des critiques (pro ou amateurs) sur les conditions et inspirations supposées des artistes. 

Bref. Me concernant, à défaut de raconter chaque aquarelle exposée, je me permets tout de même de préciser le pourquoi du noir pour peindre à l’aquarelle. Pas banal, paraît-il. Peu importe. J’aime. C’est aussi l‘occasion d’évoquer Pépé, mon grand-père, un homme d’une autre époque. (Celle du noir et blanc.)

entre Terre et Mer : rendre hommage à la Bretagne, sobrement

Au départ de cette série, il y a un autre ouvrage : Paysômes. Ce livre, le pendant masculin de Paysâmes, qui dresse le portrait d’une certaine agriculture, celle 2.0 des années 2020. Et pour rappeler l’époque, le contexte, rien ne me semblait plus pertinent que de plonger dans hier, nos racines (…).

Pour mon livre Paysômes – dédié au monde paysan vu à travers des portraits d’hommes -, je voulais donc évoquer mes 2 grands-pères, ces 2 hommes nés dans les années 1910 – de cette génération qui serait amenée à l’abattoir.

Les 2 survécurent. Et les 2 embrayèrent, sur une carrière de « cultivateur », selon la terminologie de l’époque. On ne disait pas encore agriculteur (« agricultrice » n’était pas encore indexé dans le Larousse) et encore moins « exploitant ». Et on ne disait pas ou plus « paysan ». Paysan, ça sonnait plouc et ça le sonne encore souvent. (Faut voir l’inconfort de beaucoup de personnes à user de ce mot.)

Pour Paysômes, j’ai eu envie d’évoquer mes grands-pères. Comment ? Les clichés d’eux ne montraient rien de leur vie au champ. Qu’est-ce-que racontent des images de communion, où ils apparaissent en costume et cravatés, du quotidien ? Rien, ou si peu (du poids de la tradition ? de la religion ? …).

Alors, pour évoquer Pépé, je me suis dit et pourquoi pas un dessin, une aquarelle ? Mais quoi évoquer ? Le pépé qui nourrit une centaine de pigeons, au grain, à la volée, son seau lourd à la main ? et moi à ses côtés qui piaffais d’excitation à voir les pigeons tomber du ciel, à les entendre grou-grouter, gloutonner, satisfaits ?
Oui. Mais non.
Pépé, c’était aussi et surtout un homme solitaire, un vieux monsieur, qui s’en allait à travers champs, avec sur le dos sa grosse redingote. Il la porte – dans mes souvenirs – quelle que soit la météo, qu’il pleuve ou vente. Comme son béret, vissé à son crâne. Il allait ramasser les poupées de maïs oubliées par la machine, et il les égrenait de ses grosses mains de paysan dans la cave, noire, pleine d’odeurs piquantes moisies. Il donnerait les grains aux pigeons, et je l’aiderais, braillant plus fort encore que la centaine de volatiles grougroutante !

Pépé, c’était cet homme-là, solitaire, sensible aux animaux, à la nature (je l’ai appris plus tard).
Je l’ai représenté dans le champ, à côté d’une haie de grands arbres, sans doute des chênes et des châtaigniers – dont j’ai raconté l’avenir funeste ici et là. (Ils seront sacrifiés sur l’hôtel de la rentabilité et de la modernité.)

Pour illustrer Pépé, j’ai sorti les pinceaux, et un tube de peinture : le noir. Un tube que je n’avais jamais utilisé en 20 ans de pratique. (C’est pas noir, l’aquarelle !)
J’ai sorti le noir – parce Paysômes serait imprimé en noir et blanc. Cela m’éviterait la conversion de fichier (si tu peins en couleurs, faut ensuite convertir les couleurs une par une par logiciel jusqu’au rendu souhaité. Long et laborieux pour moi qui préfère l’instinct et la spontanéité). Noir parce que la redingote de Pépé était noire.

J’ai aimé penser à Pépé – presque communier avec lui, l’ex-séminariste -. J’ai aimé lui redonner un peu vie.

C’est donc cette image qui a présidé à la série de mes paysages en noir.

J’avoue : j’aime cette simplicité et j’aime le noir à l’aquarelle.

*fin de la citation : « vous ne devrez plus vous exprimer qu’avec vos pinceaux ».

Quelques liens si le cœur vous en dit

paysomes

Le projet Paysômes en long et en travers de porc.

paysâmes - le livre

L’opus féminin. Il précède Paysômes et ne contient pas d’illustrations des grands-mères. Un jour ?

noir et doré aquarelle johanne gicquel portfolio

Balade dans mon univers photo et peinture

Un tuto pour qui voudrait voir/apprendre l’aquarelle.

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Artiste

photographe peintre autrice. Ecolo, tendance féministe. Citoyenne quoi. Adore la musique, les bouquins, mes mômes, mes poules et mon chat.
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